Des Chevrons blancs dans les Gorges de Daluis
Mardi 25 juillet 2006
Initialement j’avais prévu aujourd’hui de passer la journée au Col des Champs, encore un site fétiche où j’avais déjà prospecté dans les années 95/97. Mais la météo annonçant des orages, j’ai préféré jouer la sécurité en restant à une altitude plus modeste et dans un site plus proche de Valberg. J’avais repéré, la veille, un sentier pédestre dans les Gorges de Daluis. Le sentier démarre prés du Pont de Berthéou. Avant d’arriver à cet endroit, profitant de l’heure matinale, nous faisons un peu de tourisme et prenons le temps de nous arrêter à différents points remarquables des gorges, notamment la cascade d’Amen où les eaux rouges chargées de sédiments viennent se mélanger aux eaux clairs du Var.
Le sentier que nous allons suivre est balisé et différents panneaux explicatifs sur la géologie, l’histoire, la flore et la faune de la région sont disposés ça et là. Très intéressant et instructif.
Il est à peine 9 heures. Après avoir traversé une petite forêt méditerranéenne composée principalement de chênes, nous arrivons ensuite dans les affleurements rocheux. Les rayons du soleil commencent à réchauffer les insectes qui s’envolent lors de notre passage. Ce sont principalement des criquets aux ailes bleues et d’autres aux ailes rouges. Ces derniers imitent parfaitement la couleur rougeâtre de la roche qui caractérise les gorges : des schistes rouges du Permien (fin de l’ère Primaire) et seuls leurs ailes postérieures d’un rouge vif qu’ils déploient lors de leur envol trahissent leur présence. Quelques arbustes, buis, genêts, genévriers, pins, térébinthes poussent dans les crevasses creusées par le ravinement des eaux de pluies. Ailleurs, sur les dalles de schistes portant encore les traces fossilisées des vaguelettes d’une mer de l’ère Primaire, la végétation est clairsemée : sédum, thym, sarriette et quelques graminées.
Les papillons ne sont pas encore très actifs. Ce sont principalement des Satyridae : Lasiommata megera, Coenonympha dorus, Satyrus actaea, Satyrus ferula, Minois dryas, Hipparchia semele, Pseudotergumia fidia, Hipparchia sp, ainsi que divers papillons tels que Papilio machaon, Iphiclides podalirius, Mellitaea sp, Melanargia galathea, Lampides boeticus, Pieris brassicae principalement. Par la présence de Pseudotergumia fidia, espèce assez localisée, le biotope est intéressant.

Nous ne sommes pas les seuls à emprunter ce sentier, et certaines personnes que nous rencontrons, dont la curiosité est aiguisée par les grands filets que nous avons, nous demande ce que nous faisons. Notre réponse est immuable: nous étudions et photographions les papillons. Nos filets servent à capturer certains d’entre eux pour avoir le temps de les examiner de plus près et de les identifier. Nous rencontrons de nos jours, des personnes beaucoup plus compréhensives qu’il y a une dizaine d’années où systématiquement, nous étudions considérés comme des destructeurs de la nature. Les propos lancés à notre égards étaient alors largement plus agressifs et nous accusés d’être la cause de la raréfaction des papillons.
Malgré la beauté du paysage, la rareté des insectes à observer nous conduit à chercher un autre terrain d’observation. Consultant la carte, j’espère de trouver des sites plus riches près du Col du Fa tout proche.
La route goudronnée est étroite. Peu de voiture s’aventurent par ici. De grands papillons du genre Satyrus volent devant la voiture. Laissant notre véhicule un peu à l’écart, nous poursuivons à pied. Les bas-cotés enherbés sont parfois fleuris. C’est le lieu de rendez-vous de papillons tels que le Flambé - Iphiclides podalirius, la petite Coronide - Satyrus actaea, la Grande Coronide - Satyrus ferula, le Grand Négre des bois - Minois dryas, l’Argus bleu-nacré - Polyommatus coridon, le fadet des Garrigues - Coenonympha dorus, le Silène - Brintesia circe, le Citron de Provence - Gonepteyx cleopatra, quelques Pyrgus et les inévitables Demi-deuils - Melanargia galathea. Dérangés, les grands Satyridae se posent sur les roches qui surplombent la route, d’autres prennent la fuite en s’enfonçant dans les sous-bois tous proches.

Nous marchons ainsi pendant plusieurs kilomètres attirés toujours plus en avant par les papillons craintifs qui s’enfuient à notre approche. Le soleil est au zénith et les températures dépassent les 35 °C. Au loin, l’orage gronde. Les nuages obscurcissent petit à petit le ciel. Nous retournons sans nous presser vers le parking où notre voiture est stationnée. Le ciel est maintenant de plus en plus menaçant. Les papillons ont désormais un vol beaucoup plus vif comme existés par les conditions atmosphériques qui évoluent rapidement. Un petit chemin que je n’ai pas encore exploré se trouve près de la voiture. Je pars à sa découverte sur quelques centaines de mètres. Je suis attiré par quelques Grands Nègres des Bois - Minois dryas qui butinent sur les dernières fleurs de ronces. Les premières lourdes gouttes de pluies martèlent maintenant le sol. J’ai tout juste le temps de regagner notre véhicule avant d’être complètement délavée par cette pluie soudaine. Il est à peine 14 heures 20. Notre journée d’entomologie s’achève de bonne heure.
Avec la pluie qui tombe en abondance, nous ne faisons pas d’arrêt au retour dans les Gorges du Daluis. Nous arrivons vers 16 heures à Valberg sous une pluie diluvienne mêlée de grêles. Impossible de sortir du véhicule sans être trempé jusqu’aux os. Nous patientons 10 minutes avant qu’une petite accalmie nous permette de rejoindre notre logement distant de quelques mètres.
Liste des papillons observés au Pont de Berthéou
Liste des papillons observés au Col du Fa
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