Observations du comportement des Lépidoptères
Jeudi 3 août 2006
Encore un réveil sous un ciel maussade. Il faut faire avec, cela nous fera un peu de repos, nous sommes en vacances après tout.
Vers 10 heures, le plafond se lève tout doucement. Les éclaircies deviennent de plus en plus franches. Je ne peux me résigner à rester enfermé alors que je vois le soleil qui inonde ce paysage de montagnes.
J’ai remarqué que le sentier qui traverse la prairie des Launes où nous avons déjà été à plusieurs reprises se poursuit de l’autre coté de la route. C’est un endroit idéal pour passer cette fin de matinée. Je pars seul cette fois, ma femme désirant faire l’acquisition de souvenirs dans les commerces du village.
Le sentier est accueillant, à l’écart de la circulation automobile. Il passe dans un petit vallon d’une vingtaine de mètres de largeur, bordé de pentes fleuries plus sèches. Bien que je rencontre toujours les mêmes espèces, c’est toujours un plaisir de voir voler ces papillons en toute liberté. Je fais quelques observations intéressantes.
Les Silènes – Brintesia circe - viennent se nourrir sur les capitules défleuris des grands chardons, certainement à la recherche de la sévie qui s’écoule des parties blessées de la plante après le passage des cétoines que je vois la tête piquée entre les épines acérées de la plante. Plongés dans leur quête de nourriture, ils se laissent facilement approcher, je pourrais presque les capturés à la main, tellement ils restent passifs.
Sur les centaurées, des Tabacs d’Espagne se posent régulièrement. Il y des mâles reconnaissables aux lignes androconiales noirs de leurs ailes antérieures, mais aussi des femelles de la forme valesina aux ailes aux couleurs olivâtres, qui les rendent plus discrètes . Je ne vois aucune femelle de la forme normale, alors qu’en général, la forme valesina est récessif donc moins abondante. Une particularité de ce biotope ?
Je vois un couple de papillons qui s’envolent à mon approche. Il s’agit de Tabacs d’Espagne – Argynnis paphia. Je vois nettement le mâle qui traîne lourdement sa compagne dans des battements d’ailes éffreinés. La femelle est de la forme valesina, beaucoup plus terne. Inutile de m’approcher d’avantage pour être sûr de mon diagnostic. Je reste étonné. Je me suis toujours posé la question à savoir lequel des deux, du mâle ou de la femelle, durant l’accouplement, prenait la responsabilité du vol. Hier encore, je pensais avoir la réponse, lorsque j’avais observé un couple d’Erebias dont le dimorphisme sexuel est suffisant prononcé. Or ma constatation avait été que c’est la femelle qui volait portant le mâle immobile et passif. Chose que j’avais trouvée totalement injuste puisqu’ à l’issu de l’accouplement la femelle doit encore se charger de la ponte, alors que le mâle vient d’assurer son rôle de fécondation.


Il faut que je fasse d’autres observations pour savoir de quoi il en retourne.

J’aperçois un couple de Silène – Brintesia circe qui s éloigne et s’enfonce dans les bosquets ; hors de portée pour pouvoir faire une observation. Plus loin, un couple de Demi-Deuils, moins capricieux, se laisse approcher et capturer. Dans la poche de mon filet, je constate que c’est le mâle qui vole et que la femelle reste inactive. J’en conclu donc provisoirement qu’il n’y a pas de règle précise. Le vol est assurée de manière aléatoire par l’un des deux partenaires.
A 12 heures 30, je rentre pour déjeuner.
Je suis déjà de retour dans le vallon, dès 14 h 30 pour faire d’autres observations. Je rencontre un groupe d’enfants qui reviennent d’une sortie d’initiation à la nature. Voyant mon matériel, filet à papillons et appareil photo, le moniteur me pose quelques questions sur mes activités et me demande des informations sur les lépidoptères que l’on rencontre ici. Je réponds à ces questions et à celles des enfants, heureux de constater que je ne suis pas le seul à m’intéresser à la faune de la région.
La course du soleil modifie les biotopes exploités par les insectes. Ce matin, la partie centrale du vallon était bine exposée aux rayons solaires, maintenant cette partie est petit à petit gagné par l’ombre des conifères et ce sont les fleurs du versant est qui attire les papillons. Suivant leur exposition, tous les biotopes ne sont donc pas exploitables de la même façon au cours de la journée.
J’explore donc cet après-midi ce versant plus sec. Je trouve un Azuré des Soldanelles - Agriades glandon en parfait état de fraîcheur, seul exemplaire de cette espèce que j’ai pu observer. Je capture un machaon posé sur une fleur de scabieuse. Il ne présente aucune variation par rapport aux spécimens des plaines. Il ne s’agit donc pas d’une forme alticola malgré que nous soyons à 1700 mètres d’altitude. Dommage !
Les Soucis – Colias croceus - que je trouve sont de vieux spécimens qui volent déjà depuis longtemps d’après l’examen que je fais de leurs ailes qui ont perdues de nombreuses écailles, leur donnant un aspect terne. Par contre, les Fluorés – Colias alfacariensis – sont fraîchement éclos et présentent une coloration lumineuse.
De retour sur le sentier, un Agreste – Hipparchia semele – est posé sur une déjection des chevaux qui empruntent le sentier. C’est une espèce dont je n’avais pas encore relevé la présence ici.
Il faudrait que je passe encore un peu de temps ici pour faire un inventaire plus complet des différentes espèces de ce vallon et étudier leur comportement.
Liste des papillons observés aux Launes
Pour voir de belles photos de papillons accouplés : http://perso.orange.fr/papillon.macro/page-accouple.htm
Autres informations sur la parade et l’accouplement des lépidoptères :
http://quasimodo.versailles.inra.fr/inapg/pherozone/generalites/comportement-sexuel/papillons.htm
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